Contini-Juppé : tentative de déstabilisation de l’ambassadeur de France au Rwanda
Laurent Contini
25 avril 2011

Pourquoi les militaires français ont abandonnés les personnels Tutsi employés par la France en 1994 ?
Opérations de désinformation

La Lettre du Continent (n°610 du 21 avril 2011) tout comme Echos d’Afrique et certains sites internet tenus par des “groupuscules d’excités” (dixit JF Dupaquier, Afrikarabia [1]) tentent une déstabilisation en règle de Laurent Contini, actuel ambassadeur de France au Rwanda.

La Lettre du Continent rapporte que les propos de l’ambassadeur Contini auraient “soulevé l’ire d’Alain Juppé”.

“L’ex-ministre de la défense et actuel chef de la diplomatie française a toujours été droit dans ses bottes pour évoquer le courage et l’abnégation des militaires français au Rwanda durant cette période.”

La Lettre du Continent, n°610, 21 avril 2011.

Emmanuel Neretse (Echo d’Afrique, 19 avril 2011), en bon petit soldat, après avoir rappelé que Kouchner était au Rwanda – sans titre officiel – pour assister à cette 17e commémoration du génocide des Tutsi, parle carrément de « diplomatie parallèle »… avant de “vivement” recommander les livres de Lafourcade, Hogard et Tauzin…

Mais quels sont les propos qui excitent à ce point cette « Françafrique » qui s’illustre aujourd’hui encore en prenant la défense de l’action française au Rwanda, entre 1990 et 1994 ?

Laurent Contini se sera simplement interrogé sur le destin du personnel tutsi du centre culturel français et de la chancellerie, dont il a aujourd’hui la charge. L’armée française refusant de les évacuer lors de l’opération Amaryllis, les employés tutsi de l’ambassade de France et du centre culturel français de Kigali auront été massacrés – ce que tout le monde pouvait alors prévoir de façon certaine.

Contini note que “des raisons ont été avancées, je les connais (…) il n’y avait plus de place dans l’avion, on ne pouvait pas joindre les gens au téléphone (…) Après dix-sept ans, ce n’est pas des raisons convaincantes”.

“Laurent Contini s’est contenté de déclarer qu’il n’y a, jusqu’à aujourd’hui, aucune explication convaincante au fait que les employés rwandais de l’ambassade de France et du centre culturel français de Kigali n’ont pas été exfiltrés par les militaires français de l’opération Amaryllis en avril 1994 alors que des instructions étaient venues de Paris en ce sens.”

— Jean-François Dupaquier, Afrikarabia, 20 avril 2011

Donc, pour des raisons qui n’ont toujours pas été officiellement éclaircies, les militaires n’ont pas suivi les instructions du Ministre des affaires étrangères de l’époque, un certain… Alain Juppé.

Comme le note Jean-François Dupaquier, un télégramme du Quai d’Orsay destiné à l’ambassadeur de France au Rwanda et daté du 11 avril 1994 énonce clairement que « le département vous confirme qu’il convient d’offrir aux ressortissants rwandais faisant partie du personnel de l’ambassade (recrutés locaux), pouvant être joints, la possibilité de quitter Kigali avec les forces françaises ». Ce télégramme ne fait cependant pas allusion au sort réservé aux personnels rwandais du centre culturel français.

Ce télégramme est évoqué et a été publié dans le Rapport de la Mission d’information de l’Assemblée nationale « sur les opérations militaires menées par la France, d’autres pays et l’ONU au Rwanda entre 1990 et 1994 », Tome I, page 266. Ce rapport est public, accessible à tous, à cette adresse : http://www.assemblee-nationale.fr/dossiers/rwanda/r1271.asp

Alain Juppé a donc donné des instructions, en 1994, pour sauver les employés rwandais de l’ambassade française à Kigali. “Qui peut décemment prétendre qu’il soit à présent agaçé qu’on le rappelle ?”, s’interroge Jean-François Dupaquier. Avant d’ajouter que “c’était à son honneur”.

La question se pose, en effet…

Entrevoit-on un début de réponse en regardant du côté des militaires qui n’ont pas suivi les instructions – très clairement formulées – du Ministère des Affaires étrangères et auront abandonné à une mort certaine – en toute connaissance – les personnels rwandais salariés par la France, comme peut en témoigner Vénuste Kayimahe ?

Gageons que Monsieur Juppé – mais aussi François Léotard, alors ministre de la Défense – nous fourniront rapidement au moins une “explication convaincante au fait que les employés rwandais de l’ambassade de France et du centre culturel français de Kigali n’ont pas été exfiltrés par les militaires français de l’opération Amaryllis en avril 1994 alors que des instructions étaient venues de Paris en ce sens” – comme l’appelle de ses vœux Laurent Contini.

Ne pas le faire serait en effet réitérer une nouvelle fois – en ce mois de commémorations – leur mépris pour ces employés rwandais, Hommes et Femmes qui travaillaient pour la France.


“On ne pouvait pas joindre les gens au téléphone…”

“M. Vénuste Kayimahe, Rwandais d’origine tutsie, a livré son témoignage aux deux rapporteurs qui l’ont rencontré à Kigali” peut-on lire dans le rapport de l’assemblée nationale. Et si Venuste Kayimahe a pu survivre et témoigner, ce n’est certainement pas du fait des militaires français mais grâce aux militaires belges qui l’ont conduit avec sa famille à l’aéroport de Kigali, à destination de Nairobi, comme le note encore le rapport.

Venuste Kayimahe, à qui Michel Cuingnet aurait dit : “nous ne sommes pas chargés de sauver les Rwandais”, témoigne des faits suivants :

« Ils [NDLR : les militaires français] sont restés trois ou quatre jours, je les ai suppliés, ils m’ont fait comprendre que je les emmerdais, qu’il n’était pas question qu’ils nous emmènent, quand ils partiront ils vont nous laisser. Deux jeunes militaires ont essayé de nous aider mais c’était dérisoire, ils m’ont réveillé au milieu de la nuit en disant “Comment vous allez faire, demain on part, on va vous abandonner, c’est sûr. C’est les ordres, on doit vous abandonner. Il faut vous préparer à vous défendre.” J’ai dit que je n’avais pas d’arme. »

— Vénuste Kahyimahe

Contini note que parmi les raisons avancées par les militaires français pour n’avoir pas sauvé les personnels rwandais de l’Ambassade de France et du centre culturel français figurent “(…) il n’y avait plus de place dans l’avion, on ne pouvait pas joindre les gens au téléphone (…)” Avant de rappeler à juste titre que “ce [ne sont] pas des raisons convaincantes”.

Pour rappel et pour démontrer l’absurdité d’une telle thèse, le 12 avril 1994, dans le journal de 20h00, Venuste Kahimaye, témoignait par téléphone depuis le centre culturel français, où il se terre (voir la vidéo – INA).

A lire :

Génocide des Tutsi du Rwanda : l’ambassadeur de France jette un pavé dans la mare

Tentative de déstabilisation de l’ambassadeur de France au Rwanda

Mission d’information sur le Rwanda (Assemblée Nationale française) – Rapport N°1271

Notes :

[1] : dont le “blog d’un prêtre rwandais mis en examen en France et placé sous contrôle judiciaire depuis près de seize ans et qui est accusé de génocide, viols, extermination et assassinats constitutifs de crimes contre l’humanité par le Procureur du Tribunal Pénal international pour le Rwanda (TPIR)”, à savoir le blog du prêtre Wenceslas.

Illustration:Laurent Contini, Afrikarabia, 17 avril 2011.

9 officiers supérieurs français portent plainte contre La Nuit rwandaise

Le 8 juillet 2011, le directeur de publication de la revue La Nuit rwandaise, Michel Sitbon, a ainsi été mis en examen, suite à la plainte de neuf officiers supérieurs de l’armée française. Ceux-ci s’estiment diffamés par la publication sur le site Internet de cette revue, www.lanuitrwandaise.net, en août 2008, d’un communiqué du ministère de la justice rwandais dans lequel ils sont désignés, ainsi qu’une vingtaine d’autres responsables politiques et militaires français, comme étant impliqués dans le génocide des Tutsi de 1994. Une plainte similaire a également été déposée contre le site du Nouvel observateur et son directeur de publication de l’époque, Denis Olivennes.

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